Le radar : R.b.e.2

Radar multifonctions, le RBE2 (Radar à Balayage Electronique 2 plans) est développé dans les années 90 par Thomson CSF en collaboration avec Electronique Serge Dassault.

De 1981 à 1988, les études de Thomson permettent le choix du RBE2 qui utilise alors une technique mise au point en 1973 par la société RADANT : l'antenne Radant. Fonctionnant comme une lentille réseau, elle est composée de deux galettes croisées et illuminées par un TOP (Tube à Onde Progressive). Chaque galette comporte un grand nombre de canaux dans lesquels prennent place des diodes PIN. La combinaison des états successifs des diodes successives d'un même canal produit un déphasage qui assure la déflexion du faisceau, comme un prisme.

Sur un radar "traditionnel", les fonctions air-air ou air-sol étaient séparées, voire exigeaient simplement des radars spécialisés (RDM et Antilope par exemple). Avec le RBE2, la polarisation lenticullaire et à la fois gérée horizontalement pour les modes air-air et verticalement pour les modes air-sol.

Sur Mirage 2000N, un décollage suivi d'une montée "trail" à 30 secondes (les avions se suivent à 30 secondes dans une formation qui ressemble à un serpent), nécessitait une certaine expérience compte tenu des faibles capacités air-air du radar Antilope, sur Rafale, ce même exercice s'avère largement facilité. En effet, une fois le leader "tied on" (accroché radar), les appareils suivants n'ont qu'à suivre même par manque de visibilité.

(source "Rafale en Afghanistan", Editions Vario)

Ainsi équipé, le Rafale devient en 1991, le premier avion de combat occidental équipé d'une telle technologie (après le Mig-31 et le B-1).

Associé à des calculateurs réalisant plus d'un milliard d'opérations par seconde, il est capable de traiter 40 cibles dont 24 de façon renforcée afin d'en engager 8 simultanéement et délivrer l'armement nécessaire (un MICA pouvant être tiré toutes les secondes). Performance possible en mode RDP (Recherche en Distance et Poursuite) (cf. Air Fan n° 271).

Son balayage, rapide et agile permet d'assurer la simultanéité des missions : suivi de terrain tout en assurant la surveillance du ciel par exemple grâce à l'entrelacement des différents modes. C'est le concept de polyvalence élargie. Par ailleurs, sauts de fréquences, balayage aléatoire et discrétion des émissions lui confère une capacité LPI (Low Probability of Intercept).

Le RBE2 assure :

- les modes air-air et air-surface du RDM (Mirage 2000C) : Poursuite sur Information Continue ou Discontinue, aide à l'acquisition, recherche automatique ...

- les fonctions de détections vers le bas du RDI (Mirage 2000C),

- les capacités de tirs multiples du RDY (Mirage 2000-5) avec 4 Liaisons Avion-Missile possibles,

- la capacité de suivi de terrain de l'Antilope V (Mirage 2000D). Le Mirage 2000D disposais déjà d'un grand nombre d'apports par rapport au 2000N : le tir possible en mode suivi de terrain, d'avantages de "couloirs de navigation" lui permettant la désignation d'objectif en biais.

- l'imagerie à ouverture synthétique,

Masse : 270 kg (sachant qu'il combine 2 types de radar (RDI et Antilope) pesant chacun 330 et 230 kg).

Portée estimée à 100 km (en comparaison, le RDM du Mirage 2000C portait de 40 km à 110 km selon les modes).

Le radar passe automatiquement sur "actif" dés que l'appareil quitte le sol. Inversement, il se coupe dés que les amortisseurs de trains se compriment. Ceci, afin de ne pas nuire au personnel au sol (sur la version Marine, cela correspond à la rétractation du train, sauf intervention manuelle).

RBE2 AESA (Active Electronically Scanned Array)

En 2006, la DGA passe commande à THALES d'un radar de 5ème génération possédant une antenne active.

Sorti des chaînes d'assemblage en août 2010, c'est au Rafale C-137 livré à l'été 2012 d'en assurer la première mise en oeuvre pour le compte du CEAM à Mont de Marsan.

Evolution significative pour le RBE2, la technologie AESA devrait lui permettre d'atteindre plus de 150 km de portée (40% de plus que le modèle PESA), de disposer de cartographie haute définition, d'être plus résistant aux contre mesures électroniques. Son balayage couvre +/- 70° (contre 60° pour le modèle PESA).

A noter également, l'antenne AESA permet de multiplier par 3 le nombre de pistes gérées par le système d'arme et engendre une augmentation de masse d'environ 20 kg.

Ce nouveau type d'antenne peut également jouer le rôle de "Radar Warning Receiver" et transmettre à d'autres appareils en vol des informations grâce à un très haut débit de liaison.

Composé d'environ 1000 modules Emetteurs/Récepteurs à base d'AsGa (Arséniure de Gallium), la panne de quelqu'uns ne nuit pas au fonctionnement du radar, ce qui allongera considérablement sa durée de vie. 

Ainsi équipé, le Rafale entrera dans un club très fermé parmi lesquels figurent (appareils en service) :

  • Le F-22 avec l'AN/APG-77
  • Le F-16E/F avec l'AN/APG-80
  • Le F-18E/F avec l'AN/APG-79 ou AN/APG-82(V1)
  • Certains F-15C avec l'AN/APG-63(V2)
  • Certains F-15E/SG avec l'AN/APG-82(V1)
  • Le B-2 avec l'AN/APQ-181
  • ...

 

Le Rafale C-137 (118-GP) aperçu en finale à Mont de Marsan courant octobre 2012.

Le C-137 est le premier appareil de série porteur du RBE2 AESA.

Source

En évaluation au CEAM depuis octobre 2012, le RBE2 AESA permettra d'expérimenter essentiellement les nouvelles perspectives air-air de combat. Cela devrait durer 18 mois.

La capacité du radar a être installé sur n'importe quel Rafale sera également validée afin de confirmer l'aspect plug and play de l'antenne. En effet, seul les appareils de quatrième tranche seront livrés et équipés AESA, soit 60 exemplaires à venir.

Enfin, l'exploitation du RBE2 AESA nécessite toutefois un radôme compatible.

Le programme AESA, c'est :

=> Programme d'Etude Amont AMSAR « Airborne Multirole Solid-state Active-array Radar »

- 1999 : Étude et réalisation de sous-ensembles

- 2003 : Vérification de la capacité des industriels français, britanniques et allemands à produire une antenne à modules actifs

- 2004 : notification de la SPAé à Thales du contrat portant sur l'étude d'un démonstrateur de radar à antenne active

- 2005 : 2ème volet conditionnel du démonstrateur (DRAAMA)

- 2006 : Assemblage et essais hybrides au sol du premier prototype d’antenne européenne

- 2008 : Campagne sur avion banc d’essais, amélioration de performances (antibrouillage, portée, …) et validation de nouveaux modes radar à hautes performances

=> PEA DRAAMA « Démonstrateur de Radar à Antenne Active et Modes Avancés »

- 2003 : Poursuite des travaux en national, réalisation de deux démonstrateurs à antennes actives sur la base d’un radar RBE2

- 2009 : Essais en vol sur Rafale, validation des nouveaux modes avancés du radar RBE2

- 2010 : validation des fonctions logicielles.

 

 

Le schéma ci-contre montre les avantages d'une antenne active par rapport à une antenne mécanique .

  • Taille : 3.02 Mo

Télécharger

  • Mode suivi de terrain :

Cette fonction peut s'effectuer via la lecture d'un fichier, et donc sans émission électromagnétique, ce qui favorise la discrétion de l'avion. 2 cartes sécurisées d'environ 300.000 km² permettent alors une navigation basse altitude par découpe du terrain sur 10 km en avant à tout juste 300 ft sol (voire 100ft).

A cela, le radar peut associer une cartographie 3D pour circuler en dehors du fichier mémorisé, si besoin.

Suivant le niveau de discrétion souhaité, le pilote peut choisir 3 options de vol : souple, moyen ou dur. Le niveau "dur" permet d'atteindre des vitesses bien supérieures aux Mirage 2000N/D, ainsi que des facteurs de charges plus importants ...

9 couloirs de navigation sont gérés en mode suivi de terrain.

Avec l'arrivée du RBE2 AESA, l'antenne PESA n'en est pas pour autant oubliée, puisqu'une modernisation de la capacité SdT est en marche et visera à augmenter la capacité "vol bas à très haute vitesses".

  • Mode DBS : Doppler Beam Sharpenning.

Cette fonction permet de s'approcher d'un objectif à basse altitude, se démasquer très brièvement pour en  établir la cartographie, puis travailler l'image ainsi mémorisée.

  • Mode PDS : Plan de symétrie.

Consiste en une recherche verticale en axe avion afin de poursuivre u hostile qui tenterait de s'échapper en manoeuvrant de façon agressive.

  • Mode IDF : identification.

loi de guidage particulière utilisée pour observer, identifier et éventuellement contraindre un adversaire à se poser.

  • Mode mémoire.

Destiné à palier les "lacunes" de l'effet Doppler lorsqu'un appareil se positionne perpendiculairement à son intercepteur. Le système élabore alors une prévision de trajectoire en fonction des derniers éléments connus.

 

Sources : Air Fan Juin 2001 et Juin 2005 - Juin 2007

Article "Air & Cosmos" : le couple Rafale / RBE2 AESA

Source : http://www.air-cosmos.com/defexpo-2014-fr/l-armee-de-l-air-se-frotte-a-l-antenne-active.html

C’était le 24 octobre 2012. Ce jour-là, un Rafale d’un genre nouveau prenait son envol depuis la piste de la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan, fief du Centre d’expériences aériennes militaires (CEAM). Extérieurement, rien ou presque ne permet de le distinguer des dizaines de Rafale qui se sont déjà succédé sur la base landaise. Pourtant, sous son petit radôme, se cache la promesse d’une révolution annoncée dans le domaine du combat aérien : le RBE2-AESA, premier radar européen à balayage électronique actif installé sur un avion de combat.

« Au total, nous avons déjà réalisé une soixantaine de vols avec le nouveau radar », expliquait l'été dernier le lieutenant-colonel Laurent Royer, chef de l’équipe de marque Rafale au CEAM. Le programme d’expérimentation en prévoit 90, avec un objectif précis en ligne de mire : pouvoir « livrer » début 2014 un premier lot de quatre Rafale AESA à l’EC-1/7 « Provence » de Saint-Dizier,en même temps qu’un concept d’emploi initial pour tirer le meilleur parti de cette nouvelle capacité, notamment dans le domaine du combat air-air.

 

Nouvelles potentialités.

« L’écueil à éviter serait en effet de transposer nos tactiques actuelles sans tenir compte des potentialités énormes qu’offre cette nouvelle antenne », insiste le lieutenant-colonel Royer. Et celles-ci sont nombreuses. D’abord, d’un point de vue de la couverture radar : avec une portée augmentée de plus de 50 % et une zone de balayage qui passe à +/70° de part et d’autre de l’axe avion, le volume balayé par le RBE2-AESA est bien plus important que celui de l’ancien RBE2-PESA (voir ci-dessous). « Le nombre de pistes qui peuvent être détectées simultanément est presque multiplié par trois », précise le pilote de Rafale.

Ce surplus d’information aurait pu engendrer une saturation pour le pilote, mais apparemment il n’en est rien : « Nous nous sommes demandé s’il faudrait remettre des choses en cause dans le traitement de l’information pour l’équipage, mais la finesse de l’interface existante permet de bien absorber la surcharge. » Même remarque pour le calculateur de l’avion et sa capacité à fusionner ces nouvelles données : « Visiblement, ça se passe très bien, et le système reste fluide », remarque le pilote du CEAM.

 

Une zone de balayage accrue.

Cette zone de balayage considérablement accrue va donc ouvrir de nouvelles perspectives aux pilotes de Rafale dans la mission de défense aérienne. Difficile d’entrer dans le détail de ces tactiques en gestation, confidentialité oblige. Mais le lieutenant-colonel Royer nous livre quelques éléments de réflexion : « Avec deux Rafale AESA évoluant en “fond de court” au profit d’une vague de chasseurs, on obtient une capacité comparable à celle d’un mini-Awacs », estime l’aviateur. En effet, même si la portée exacte du nouveau radar est classifiée, elle est estimée à 150 km (voire un peu plus) sur une cible non furtive de type avion de combat.

 

En combat hors de portée visuelle, cet avantage crucial permet d’améliorer la discrétion du Rafale face à ses ennemis. Alors que les avions équipés de radars AESA resteraient hors de portée des armements et des capteurs des chasseurs ennemis, d’autres Rafale non AESA s’approcheraient des cibles, radar éteint, maximisant l’effet de surprise pour mettre en œuvre leur Mica en profitant d’une désignation d’objectif transmise via la Liaison 16 par les Rafale à antenne active. Un concept d’emploi qui n’est pas sans rappeler celui de l’US Air Force, qui a déjà fait savoir qu’elle envisageait d’utiliser ses F-15C AESA pour détecter des cibles à longue distance, au profit de F-22 furtifs qui pourraient alors tirer leurs missiles de manière totalement discrète.

Evidemment, l’arrivée du Meteor, attendue à la fin de la décennie, promet de changer encore la donne. Le nouveau missile air-air à statoréacteur affichera une portée maximale qui sera assez similaire à celle du RBE2AESA. De nouvelles tactiques devront être élaborées... mais ce n’est pas pour tout de suite.

 

La traque aux furtifs.

L’autre avantage annoncé de l’AESA, c’est sa capacité à détecter (à portée égale), bien plus que l’actuel PESA, des cibles affichant une signature équivalent radar, ou SER, bien plus faible. « Nous avons déjà mené des passes radars contre des aéronefs à faible SER comme des Grob 120,desTBM,des Epsilon et bien sûr des Rafale, mais le test ultime sera réalisé avec le drone Neuron », explique le lieutenant-colonel Royer. Le démonstrateur permettra de caractériser avec précision les performances de l’AESA contre des engins furtifs. Difficile, en effet, d’aller « chatouiller » des F-22 ou des B-2 américains pour se faire une idée des capacités du nouveau radar...

 

La résistance du RBE2-AESA aux contre-mesures doit elle aussi être expérimentée par le CEAM. Une procédure complexe, puisqu’elle suppose de mettre le radar en présence de systèmes de brouillage nationaux (Spectra, etc.), dont la mise en œuvre exige une relative discrétion. Un gros travail en termes de préparation de mission a donc été effectué pour pouvoir réaliser une poignée de vols destinés à éprouver ces performances.

 

Au départ, un 
seul avion était mis à la disposition
 du CEAM pour mener cette campagne : le Rafale C137, livré 
à l’automne 2012 « Il s’agit
 d’un avion de présérie et, à ce 
titre, nous ne disposons pas encore des pièces détachées nécessaires à la maintenance des nouveaux capteurs. » Il a fallu attendre la livraison du premier
 avion AESA de série (le biplace
 B339) pour que l’équipe
 de marque puisse valider ses nouvelles tactiques de combat air-air à deux avions. En air-sol,
 le travail du CEAM consiste surtout à vérifier qu’aucune régression n’est constatée par rapport
 au RBE2-PESA, puisque aucune amélioration de performances
 n’est prévue. C’est pourquoi l’antenne active a été installée sur un biplace, le Rafale 
B305, pour des essais de suivi 
de terrain. « L’opération ne prend
 que deux heures environ », explique l’aviateur. Pour l’instant, 
seuls 60 radars AESA ont été commandés par la France, mais ils devront pouvoir équiper toute la flotte de Rafale Air et Marine.

 

Capacité « plug & play ».

Une fois porté au standard logiciel F3.3, une évolution dont bénéficient désormais tous les Rafale français, n’importe quel Rafale est en effet capable d’emporter un RBE2-AESA. Il était donc important de vérifier grandeur nature cette capacité « plug & play » inscrite dans le cahier des charges du nouveau radar. Celui-ci nécessite toutefois l’utilisation d’un nouveau radôme, dans lequel viennent se loger l’antenne du radar et son millier de petits modules d’émission-réception. Plus lourde d’environ 20 kg par rapport à celle du RBE2-PESA, cette nouvelle antenne nécessite simplement l’installation d’une charnière supplémentaire afin de fixer le radôme au reste de la cellule. « Pour l’avion, l’opération est transparente : dès la mise en route, il reconnaît la nouvelle antenne et se comporte immédiatement comme un appareil équipé d’un radar AESA ».

 

Comment l’antenne active va-t-elle ensuite être déployée dans les forces ? Détenteur de l’expertise dans le domaine du combat air-air, l’EC1/7 « Provence » de Saint-Dizier va donc être le premier à monter en puissance sur cette nouvelle capacité grâce à un premier « lot » de quatre Rafale AESA qui devrait être déclaré opérationnel fin 2013. Au-delà, les réflexions sont encore ouvertes. « Nous pensons qu’il faudra déployer ces 60 antennes de manière intelligente dans tous les escadrons, pour jouer à fond le concept de polyvalence », avance le lieutenant-colonel Laurent Royer. D’ici là, les experts du CEAM vont continuer à affiner leurs concepts d’emploi afin de pouvoir livrer aux unités opérationnelles une première capacité clés en main, qui sera ensuite perfectionnée au quotidien au sein des escadrons.

 

« DES CAPACITES LARGEMENT SUPERIEURES A CELLES DU MIRAGE 2000-5F »

Deux questions au général Joël Rode, ancien Commandant du Centre d’expériences aériennes militaires (CEAM)

Quel premier bilan tirez-vous de l’expérimentation de l’antenne active ?


Aujourd’hui, ce que je comprends grâce à mon expérience de pilote de défense aérienne et aux discussions que j’ai eues avec mes équipes de marque, c’est que ce nouveau radar va conférer au Rafale des capacités non seulement largement supérieures à ce dont il est capable aujourd’hui, mais aussi à celles du Mirage 2000-5F, qui reste encore le mètre étalon français en matière de combat air-air. Qui plus est, l’arrivée prévue du missile Meteor sur Rafale exigeait d’intégrer un tel capteur.

 

Comment va s’opérer le transfert de cette capacité vers les forces ?


L’expérimentation n’est pas encore terminée, et de nombreuses parties du domaine d’emploi doivent encore être validées. C’est le cas de la guerre électronique, un domaine qui va évoluer sensiblement avec l’arrivée du RBE2-AESA. L’emploi du radar au quotidien devra aussi faire l’objet de travaux poussés, afin de déterminer de nouvelles tactiques adaptées aux performances du capteur. Enfin, il faudra préparer nos techniciens à l’arrivée du nouveau système, qui doit pouvoir être facilement transféré d’un Rafale à un autre.

 

L’ « ANCIEN » RBE2-PESA CONTINUE D'EVOLUER

L’arrivée du RBE2-AESA ne signe pas, loin s’en faut, l’arrêt de mort du RBE2-PESA à balayage passif. Car, pour l’heure, seuls 60 radars AESA ont été commandés par l’armée de l’Air et la Marine, qui vont donc devoir apprendre à vivre longtemps encore avec leurs capteurs « d’ancienne génération ». C’est pourquoi le radar PESA continue à faire l’objet de travaux d’amélioration. A Mont-de-Marsan, l’équipe de marque Rafale débutera bientôt l’expérimentation de nouvelles évolutions destinées à accroître ses performances dans le domaine de la guerre électronique. Cette modernisation logicielle du radar vise
 à en améliorer les performances dans le domaine des contre-contremesures (ECCM), afin qu’il puisse continuer à fonctionner correctement même face à des systèmes de brouillage évolués. Des menaces potentielles qui, certes, n’ont rien à voir avec les théâtres libyen ou malien, mais qui doivent être prises en compte pour crédibiliser la capacité d’entrée en premier du Rafale sur des territoires plus fortement défendus. Au total, une soixantaine de vols seront nécessaires pour mener à bien cette expérimentation, qui sera ensuite appliquée, par simple rétrofit logiciel, à tous les Rafale français.

Le suivi de terrain (SDT) a lui aussi fait l’objet de travaux poussés, qui sont sur le point d’aboutir à
 la mise en service opérationnelle d’une capacité SDT radar plus évoluée que celle qui existait jusqu’à présent. Pour voler à très basse altitude et à grande vitesse sans visibilité, c’est un modèle de terrain numérique qui était en effet prioritairement utilisé pour
« guider » l’avion. Le SDT radar amènera une plus grande autonomie, puisque c’est le RBE2-PESA qui va désormais permettre au Rafale de 
« voir » le terrain qui défile sous lui, afin de pouvoir déterminer le profil de vol le plus adapté pour rester sous la couverture radar ennemie. De nombreuses missions ont été réalisées par le CEAM pour mener à bien ce chantier, allant jusqu’à amener les expérimentateurs de l’armée de l’Air au-dessus des sables émiriens pour tester cette capacité grandeur nature.

CARAA : Capacité Améliorée pour le Rbe2 à Antenne Active

Le premier vol du démonstrateur CARAA est réalisé le 6 octobre 2015 sur l’ABE (Avion Banc d'Essai) Mirage 2000. Lancé en 2011, ce programme vise a exploiter toutes les voies du récepteurs radar par des traitements multivoies.

Ce programme, qui doit aboutir d'ici 2017, doit donner lieu à une seconde étape : le PEA MELBAA (Etudes de modes et Exploitation Large Bande pour l'Antenne Active) propre à développer les missions air-sol.

http://www.defens-aero.com/2016/01/radar-rbe2-antenne-active-rafale-entame-ameliorations.html

La fonction suivi de terrain

Extraits du magazine "Air Actualités" de novembre 2012

Grâce au système de suivi de terrain automatique, un avion de chasse épouse au plus près les formes du relief. L'aéronef conserve une hauteur de constante par rapport au sol tout en évitant les obstacles naturels, ainsi que les constructions humaines comme les antennes ou éoliennes. Ce mode d'action garantit une grande discrétion. L'aéronef évolue en dessous du plancher de détection, en se soustrayant aux diverses menaces. En outre, le suivi de terrain automatique permet d'évoluer, en toute sécurité, dans des conditions de vol aux instruments (de nuit, dans la couche de nuages ...). Le SdT équipe les Rafale, Mirage 2000N et Mirage 2000D. Il est étroitement lié aux missions de dissuasion nucléaire et de frappe air-sol en profondeur.

Le mode suivi de terrain est couplé aux commandes de vol électriques et au pilote automatique de l'appareil. Le pilote détermine une hauteur de consigne (1) comprise entre 200 pieds et 2000 pieds, ainsi qu'une loi de couplage souple, moyen ou dur, correspondant au nombre de "g" subi. Cela a pour conséquence de faire plus ou moins "coller l'avion" au relief, à une vitesse comprise entre 400 et 600 noeuds.

Le SdT automatique fonctionne à partir de 2 moyens : le radar embarqué ou des fichiers numérisés. Ces radars détectent les échos du terrain (2) et élaborent des ordres de pilotage. Ils présentent à l'équipage une coupe longitudinale du relief se présentant devant l'avion, le but étant de faire tangenter les échos détectés à une "courbe d'ordre" (4). Si un écho entre dans cette courbe, un ordre à cabrer est envoyé aux commandes de vol, alors qu'un ordre à piquer est généré lorsque la courbe ne touche plus l'écho. Lorsqu'un danger inopiné ou un relief trop abrupt est détecté par le système, celui-ci transmet un ordre de dégagement aux commandes de vol qui font cabrer l'avion de manière franche et instantannée.

Hormis le radar, le SdT s'opère aussi à partir de fichiers cartographiques, appelés "modèles numériques de terrain". Ces documents répertorient toutes les données relatives à un terrain (hauteur du relief, topographie, planimétrie, etc.). Ils représentent des zones géographiques quadrillées à intervalles réguliers et sont produits par l'Etablissement Géographique Interrarmées (EGI) deCreil. Ces informations sont ensuite compilées par l'élément géographique air-marine (EGAM) sur la base de Villacoublay, puis transmis aux Escadrons. Grâce à ces fichiers, les équipages préparent leurs missions sur des systèmes dédiés. Une fois le plan de vol précisément établi, la totalité de ces données est ensuite intégrée au système de navigation de l'appareil (Module d'Insertion Paramètres).

En 2013, la fonction SdT du RBE fera l'objet d'un chantier d'amélioration visant à améliorer ses performances, de même que le radar lui même se verra augmenter ses capacités contre-contre mesures électroniques.

En pratique, la fonction suivie de terrain est limitée aux seuls appareils biplaces.

Début 2015, le CEAM(Centre d’Expériences Aériennes Militaires), associé au CEPA (Centre d’Expérimentations Pratiques de l’Aéronautique navale) étudient ensemble l'usage de cette fonction sur monoplace. L’ambition est double :

  • D’une part, effectuer des shows of force (démonstrations de force), en exécutant un passage bas et rapide au-dessus de troupes ennemies, manœuvres aériennes réalisées régulièrement en opérations par des Mirage 2000D et des Rafale.
  • D’autre part, cette capacité de suivi de terrain offre à un pilote de défense aérienne l’opportunité de réaliser l’interception d’un avion inconnu volant à très basse altitude, et ceci en toute sécurité, même à travers les nuages.

Synthèse des modes air-air et air-sol (www.defesanet.com.br)

Les radars du Mirage 2000 : RDM, RDI et RDY ...

Le radar RDM (Radar Doppler Multifonctions) est un radar à basse fréquence de récurrence, en bande X, à émission pilotée cohérente et agile en fréquence. Il est entièrement numérique. L’antenne est de type Cassegrain inversé, comme pour le Cyrano IV. L’émetteur est un tube à ondes progressives à impulsions. Toutes les fonctions sont gérées par un calculateur interne qui associe une unité arithmétique programmable à une unité logique programmable, conférant au radar une grande souplesse pour traiter :

- la fonction air-airen mode recherche grande portée ou en mode poursuite surinformations discontinues ou en mode sur informations continues

- la fonction Combat rapproché

- la fonction air-sol, en visualisation ou en découpe iso-altitude

- la fonction air-mer, en recherche non Doppler (mer force inférieure à 3) ou en recherche Doppler (mer force supérieure à 3). 

Le radar RDM est capable du tir de missiles Super 530 qui nécessitent d’illuminer la cible par radar. Pour le tir du missile Super 530 D à autodirecteur semi-actif à traitement Doppler, il faut adjoindre au radar RDM un illuminateur continu. Le radar RDM permet aussi le tir de missiles MATRA 550 Magic à guidage infrarouge, le tir canon et la désignation d’objectifs au missile air-mer Aérospatiale AM 39 Exocet

-----------------------------

Le radar RDI (Radar Doppler à Impulsion) est un radar à haute fréquence de récurrence, optimisé pour la détection et la poursuite à grande distance de cibles rapides en rapprochement, quelle que soit leur altitude. Il présente les mêmes interfaces avion que le RDM, mais :

- l’antenne Cassegrain inversée du RDM est remplacée par une antenne à fentes(avec dipôles IFF) qui présente un meilleur taux de lobes secondaires

- l’émetteur à TOP à impulsions crête 120 kW et 400 W moyens est remplacé parun TOP de 4 kW crête et de puissance moyenne 800 W

- le pilote à quartz du RDM est remplacé par un synthétiseur de fréquences asservi au déplacement de l’avion par rapport au sol, pour aider à la réjection des échos de sol.

 

-----------------------------

Le radar RDY met à profit les études RACAAS, notamment sur un émetteur bicrête, un processeur programmable, le mode MFR et l’antenne à faible inertie. C’est un pulse-Doppler multiforme d’onde (HFR, MFR, BFR), qui comporte plusieurs fonctions en modes air-air et air-sol. Il réalise la synthèse des radars RDM et RDI et intègre la technologie des années 1980. En particulier, il fait appel, pour les traitements numériques, aux circuits intégrés conçus à la demande (ASICs, Application specific integrated circuits).

Il est doté d’un émetteur nouveau à TOP, capable de modes BFR ou MFR à 32 kW crête et de mode HFR à 4 kW crête. Une voie spécifique pour les « contre-contre-mesures » est ajoutée (1 er vol en 1990). Il permet au Mirage 2000-5 d’acquérir la capacité multiciblavec le missile MICA : son système d’armes a pour cela l’avantage d’avoir pu bénéficier des travaux lancés en 1983, pour le Rafale, sur la conduite de tir multicible (DE lancé en 1983 par le STPA) et la séparation du missile de l’avion porteur par éjection (DE 80503 lancé en 1980). Comme ce sera le cas pour le Rafale, le tir des missiles MICA se fait par éjection à partir des points d’emport sous fuselage, permettant un emport semi-encastré avantageux pour l’aérodynamique et la furtivité, par opposition au tir sur rail (DE lancé par le STPA en 1980).

Radar RDY
 
Source COMAERO - Jean Marc WEBER -2008

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×